Bombardements du 6 juin 1944


En juin 1944, la zone de débarquement choisie par les troupes alliées sur le continent européen désigne le Calvados et la Manche comme des champs de bataille décisifs. Pour réussir l'opération Overlord, l'intervention de l'aviation est jugée indispensable malgré ses conséquences sur les civils. Elle doit permettre de ralentir l'arrivée des renforts allemands sur le front en bombardant les ponts, les gares et le centre des villes. Comme tous les Français, les Virois attendent le Débarquement. Ils l'espèrent. Ils savent qu'il se produira. « On en avait assez ! » s'écrie encore aujourd'hui Pierre Janvier.

Mais, aucun habitant n'imagine alors le prix de la Libération.

Le 6 juin 1944, les Virois peuvent entendre dès l'aube le bruit sourd de la canonnade provenant des plages situées à près de 60 km. Les tracts largués par les Alliés qui annoncent le bombardement, n'atteignent pas leur but. Le vent les a emportés vers la forêt de Saint-Sever et ils ne mentionnent pas le nom de la ville visée.

À 20 h, la 8e Air Force américaine composée de 28 avions Liberator B-24 bombarde la ville, suivie à 2 heures du matin par 167 Lancaster, Halifax et Mosquito1 de la Royal Air Force britannique.

Les habitants de Vire sont pour la plupart attablés lorsque les premières bombes tombent sur la ville. Jean-Claude Debré se souvient : « Vers 20 heures, j'étais seul dans la rue Saulnerie. J'avais fini de manger et je jouais à la balle sur le rideau métallique de M. Leplain. Au bruit des avions, j'ai vu des Virois sortir pour applaudir nos libérateurs. Mais ensuite quelqu'un a crié : « Attention des fusées ! » Je ne me souviens d'absolument aucun bruit, mais j'ai la vision obsédante d'un plancher et de toutes les vitres qui s'écrasent au milieu de la rue. J'étais tétanisé. C'est M. Duros, le pâtissier qui m'a pris par la main et m'a abrité dans une cave ».

Après ce bombardement, beaucoup d'édifices sont déjà fortement ébranlés. Immédiatement, les membres de la Défense passive se mettent au travail avec des moyens de fortune pour dégager les victimes ensevelies dans les décombres. En haut d'une maison, armé d'une lance à incendie, Jacques Poret tente de sauver l'épicerie Rémy. Mais il doit se réfugier sous la Porte-Horloge avec les autres pompiers lorsque les bombardements reprennent. Avant l'arrivée des bombardiers anglais, les rescapés ont fui vers la campagne n'emportant le plus souvent que les vêtements qu'ils portent. La ville brûle pendant deux semaines. Quatre cents civils sont morts et autant blessés.

1 Florentin E., Quand les alliés bombardaient la France, 1940-1945, librairie Perrin, 1997

 
Eglise bombardement Vire

 

La libération de Vire du 5 au 8 août 1944

L'opération Cobra déclenchée le 25 juillet, permet aux Américains de percer le front entre Saint-Lô et Périers. L'avance alliée reprend et, du 30 juillet au 6 août, a lieu la Percée du Bocage.

Vire est aux mains de formations allemandes hétéroclites rescapées du front de Saint-Lô : éléments de régiments parachutistes appartenant à la 3ème Division de Schmipf et au 2ème Corps parachutiste de Mendl et de divers bataillons de la 363ème Division. L'artillerie allemande a l'avantage d'être postée sur les hauteurs qui ceinturent la ville.

 

Samedi 5 août

Précédant les 115ème, 116ème et 175ème Régiments d'Infanterie de la 29ème Division, les premiers blindés américains de la 2ème DB arrivent par la route de Pont-Farcy et se regroupent dans une prairie de Martilly. Dix-neuf chars s'apprêtent à franchir le pont. Ils sont pris sous les tirs déclenchés par les Allemands. Le pont de Martilly est infranchissable. Il faut trouver une autre voie d'accès.

 

Dimanche 6 août

Le Major Général Gerhardt donne l'ordre au 116ème de lancer une attaque à partir de la ferme de Clermont. L'opération débute à 19h15. Les soldats « bleus et gris » des 2ème et 3ème bataillons de la 29ème D.I. dévalent la pente boisée jusqu'au fond de la vallée.

Les premiers GI's américains franchissent la Vire et, par petits groupes, traversent la route pour chercher protection au pied de l'escarpement rocheux qui surplombe la rue Jean Le Houx. Durant toute la nuit du 6 au 7 août, les fantassins américains progressent en nettoyant la ville maison par maison.

 

Lundi 7 août

Une patrouille américaine commence à remonter la rue des Vaux en direction de l'Écluse. Dans la journée, tandis qu'une partie des hommes du 116ème prend le contrôle du centre-ville, de la gare et des quartiers nord de Vire, d'autres bataillons sont durement accrochés à Sainte-Anne. Un violent tir de barrage allemand les empêche de monter vers La Besnardière et Saint-Clair.

 

Mardi 8 août

Une nouvelle attaque contre les hauteurs situées au sud de Vire débute à 5h du matin. Les soldats américains cherchent des chemins d'accès vers La Besnardière.

Ils progressent à l'abri des jardins et des haies, se faufilent par les étroits sentiers et les escaliers qui montent vers le sommet de la colline. La Besnardière est occupée en fin de matinée et Saint-Clair vers 16 h 30. A 17 h 45, les Américains annoncent que Vire est totalement libérée.